• Elise Callac

Covid-19, un an après : synthèse des principaux impacts dans le secteur de l'assurance

La pandémie de la Covid-19 a profondément marqué l’année 2020. Le secteur de l’assurance a ainsi été particulièrement touché tant dans le domaine de l’assurance vie, que de la prévoyance ou de l’IARD.


L’objectif de cet article est d’effectuer une première synthèse des principaux impacts de cette crise sanitaire par domaine assurantiel sur l’année 2020.


Après un premier état des lieux risque par risque, certaines problématiques techniques telles que celles relatives aux provisions techniques seront abordées plus en détails. Les risques ayant émergé de cette période si particulière seront ensuite abordés.


I - Etat des lieux


Le coût de la crise pour les principaux acteurs de l’assurance (auto, professionnels / entreprise, santé et prévoyance) en 2020 a été estimé à 2,9 Md€ par la FFA.


En IARD :


Assurance auto / moto

La mise en place du confinement en mars a impliqué une énorme baisse de la circulation sur les routes pendant presque deux mois. Cela a eu pour conséquence de diminuer la sinistralité automobile de 60 % à 80 % pendant le premier confinement.

Sur l’année 2020, la FFA a recensé une baisse de 19 % des accidents.


De grandes économies ont ainsi été réalisées par les assureurs. Certains ont même décidé de les redistribuer à leurs assurés.


Risque d’entreprise


La garantie pertes d’exploitation est celle qui a le plus subi la crise. D’après la FFA, les prestations ont augmenté de 54 % sur les pertes d’exploitations en 2020. Le ratio combiné de cette branche est passé de 96,5 % en 2019 à 120,8 % en 2020. L’impact a été plus important dans les secteurs d’activité les plus touchés par la crise comme la restauration et les commerces jugés non-essentiel.


Assurance construction


Concernant les assureurs spécialisés dans l’assurance construction, ils ont vu leur chiffre d’affaires baisser de 15 % en 2020 du fait de l’arrêt des chantiers pendant le premier confinement.

Pour l’année 2021, on peut s’attendre à un rebond avec un effet rattrapage et des projets qui sont déjà lancés. Sur le long terme, les perspectives sont moins optimistes avec une baisse de délivrances de permis de construire pour les deux prochaines années. L’effet Covid devrait se ressentir à partir de fin 2022 dans ce secteur.


En assurance de personnes :


Risque santé :


La crise a également eu un impact important sur l’assurance de personnes. La consommation en santé a baissé entre 3 et 5 % sur l’année 2020, du fait principalement de la baisse des soins pendant le premier confinement.


Comparaison des prestations santé entre les survenances 2019 et 2020


Cependant, un effet rattrapage, des retards de diagnostic et d’opérations, l’augmentation du risque psychique et le coût futur de la portabilité des contrats collectifs conduisent à une prévision de surconsommation en santé sur les exercices à venir.

Pour contrecarrer les économies réalisées par les assureurs sur le risque santé avec la baisse des prestations pendant le premier confinement, le gouvernement a mis en place une contribution exceptionnelle : 2,6 % du chiffre d’affaire HT sur 2020 et 1,3 % en 2021.


Risque prévoyance :


En prévoyance collective, la crise s’est surtout ressentie sur la sinistralité arrêt de travail. Elle a accentué la dérive sur ce risque, notamment en raison de la mise en place d’arrêts de travail dérogatoires (personnes à risque, cas contacts, gardes d’enfants, etc.). L’impact a été différent en fonction des assureurs, qui n’ont pas forcément traité ces arrêts dérogatoires de la même manière. La FFA a estimé l’augmentation du coût des arrêts à 20 % sans comptabiliser les gestes extracontractuels des organismes assureurs.

L’augmentation de la sinistralité couplée à des taux bas conduisent à de très mauvais résultats notamment sur les contrats de branches où plusieurs actions sont à l’étude :

  • La résiliation des branches trop déficitaires,

  • Le rapprochement des branches professionnelles avec la question de la mutualisation des réserves,

  • La baisse des garanties pour limiter les hausses de cotisations futures.


Sur le risque décès, l’impact reste faible en raison de la typologie de la population assurée.


En prévoyance individuelle, la sinistralité dépend du type de produit et de la population couverte. Sur les frais d’obsèques, il y a un risque de sur-sinistralité en raison de l’âge des assurés en moyenne assez élevé. En revanche, le risque Garantie Accident de la Vie (GAV) a été relativement robuste face à la pandémie.


En assurance emprunteur, sur 2020, il n’y a pas eu de hausse de la sinistralité observée. L’âge moyen des assurés étant peu élevé, les assureurs n’ont pas observé de dérive sur le risque décès. Les franchises en arrêt de travail étant assez longues (90 jours en moyenne), les prestations versées à ce titre ont été limitées. Egalement, la garantie chômage est peu souscrite, la hausse du chômage n’a donc pas eu d’impact significatif sur les prestations.

Cependant, les assureurs ont observé un ralentissement des affaires nouvelles, conséquence du recul des ventes immobilières. La délégation d’assurance, quant à elle, a profité des confinements pour augmenter ses parts du marché notamment via des plateformes en ligne.



II – Les problématiques techniques rencontrées


Plusieurs problématiques techniques se sont posées pour les assureurs, en conséquence de cette crise.


La comptabilisation des arrêts de travail


Sur le risque prévoyance, les organismes assureurs ont dû gérer la mise en place des arrêts dérogatoires, via le décret n° 2020-73 du 31 janvier 2020. Ces arrêts ont considérablement augmenté le nombre de personnes en arrêt de travail, surtout pendant le premier confinement avec la fermeture des écoles. En effet, les parents arrêtés pour garde d’enfants étaient considérés en arrêt de travail jusqu’au 1er mai, puis en chômage partiel. Cela a concerné 1,8 à 2 millions de personnes.


Tous les assureurs n’ont pas agi de la même manière avec les arrêts dérogatoires. Quelques assureurs se sont substitués à l’obligation de l’employeur et ont versé les indemnités journalières en couvrant les arrêts dérogatoires et parfois en supprimant le délai de carence. Pour ceux-là, un pic de sinistralité allant jusqu’à + 600 % sur la survenance de la deuxième quinzaine de mars 2020 a pu être observé. Ce pic s’explique essentiellement par les arrêts pour garde d’enfants. Après le premier confinement, il n’y a pas eu de dérive particulière observée.


Certains assureurs n’avaient pas d’information sur la nature des arrêts, permettant de différencier les arrêts liés à la Covid-19 des « arrêts classiques ». Cela est handicapant pour expliquer et comprendre la sinistralité 2020 et pour prendre en compte cette année particulière dans les années à venir, notamment dans le cas de construction de tables d’expérience.


Les pertes de cotisations


La perte de cotisations est également un des effets les plus significatifs de la pandémie, notamment pour les produits d’assurance collective dans les secteurs d’activité les plus touchés comme le secteur des HCR (Hôtel Café Restaurant).


Une baisse des cotisations de 2,8 % en prévoyance collective a été observée. Celle-ci a été causée par le chômage partiel, les exonérations de cotisations dans certaines branches professionnelles, les impayés, etc.


Des pertes de cotisations ont été acceptées par les assureurs, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas fait d’appels de cotisations pour la couverture en protection sociale de leurs adhérents. Les réserves des branches ont pu financer ce type d’opération.


D’autres ont été subies, en raison notamment d’impayés et de faillites, et cela pourrait s’accentuer en 2021. En effet, le nombre de défaillances d’entreprises en 2020 a diminué, comparé à 2019. Cela s’explique par les aides accordées par l’Etat à l’ensemble des entreprises. Pour les microentreprises, une baisse de 40 % des défaillances a été observée entre 2019 et 2020, cela représente – 34,5 % pour les TPE. Il y a donc un risque important de défaillances sur l’année 2021, lorsque les aides cesseront.


Cette hausse des faillites aura un double impact pour les assureurs :

  • Une hausse des impayés et donc des pertes de cotisations,

  • Mais également un financement plus important de la portabilité des salariés licenciés.


Suite à ces faillites, une phase de reconstruction du tissu économique aura lieu, les offres des assureurs devront donc répondre aux attentes nouvelles des créateurs d’entreprise (digitalisation, transparence des offres).

Le calcul des provisions techniques


Avec la crise et la sinistralité particulière, les organismes assureurs ont dû s’adapter pour le calcul des provisions, notamment en santé et en IARD. En effet, dans ces domaines, les Provisions pour Sinistres A Payer (PSAP) sont souvent calculées avec la méthode de Chain-Ladder. Cette méthode nécessite une hypothèse d’homogénéité, qui n’est pas vérifiée pour l’année 2020 à cause des particularités liées à la pandémie (par exemple : sur-sinistralité dans le cadre des pertes d’exploitation et sous-sinistralité en santé et en auto). Il a donc fallu trouver des solutions et des alternatives.


L’ACPR avait communiqué ses attentes dans un courrier envoyé aux fédérations professionnelles. Plusieurs méthodes devaient être exploitées et le principe de prudence respecté. Il était également attendu que le rapport actuariel pour l’arrêté 2020 précise les réflexions menées, les méthodes de provisionnement sélectionnées ainsi que les incertitudes liées aux estimations effectuées.


Traitements des données

Un traitement des données particulier était nécessaire sur l’année 2020. Séparer les charges relatives aux sinistres associés à la crise des autres charges, lorsque cela était possible et pertinent, pouvait permettre une estimation plus fine des provisions. Il était également important de se rapprocher des gestionnaires sinistres pour comprendre les spécificités de l’année 2020 en termes de sinistralité, fréquence, coût moyen, temporalité des sinistres, cycle de déclaration et de paiement, etc.


Segmentation

Un moyen d’affiner les travaux pour les provisions étaient de segmenter au maximum les données, notamment en fonction des lignes d’activité et des sous-catégorie dans les différentes activités. L’impact de la pandémie et des confinements a été différent en fonction de ces lignes d’activité et sous-catégorie. Il était aussi important de segmenter les analyses par gestionnaire. Ils ont en effet pu subir différemment l’impact de la Covid-19 et des confinements.


Tester plusieurs méthodes

Il était important de tester plusieurs méthodes de calcul de provisions face à cette situation inédite. Retraiter la dernière diagonale du triangle, mettre en place des solutions alternatives en neutralisant 2020 étaient nécessaire. De nouvelles méthodes de provisionnement ont également pu être testées : Bornhuetter-Ferguson, Berquist & Sherman, etc. A chaque fois, il était important d’observer et d’analyser les écarts. L’estimation des provisions devait intégrer de la prudence.


Le cas spécifique de la santé

En santé, le calcul des provisions a été complexifié avec, dès janvier 2020, la mise en place de la réforme 100 % santé qui a rendu les analyses et les comparaisons par rapport aux années précédentes plus difficiles. De plus, il a fallu prendre en compte le report de soins relatifs au premier confinement et les mesures de distanciation sociale mises en place.



III - A retenir de cette crise


La crise n’est pas encore terminée mais nous pouvons déjà observer l’importance du suivi des risques. En effet, c’est essentiel pour que les organismes assureurs puissent évaluer le coût total de la pandémie et adapter leurs décisions.


La mise en place d’un reporting dynamique sur la base d’indicateurs spécifiques est un outil important pour apporter plus de visibilité sur les impacts de la crise au jour le jour. Cet outil permet également d’assurer un meilleur suivi des réformes passées et futures en assurance santé notamment.


Des audits des délégataires de gestion doivent également être mis en place pour s’assurer que les décisions prises (modification des règles de paiement des prestations, appel des cotisations, etc.) sont bien suivies.


Il sera également important de suivre plus particulièrement la portabilité dans les mois à venir. En effet, l’augmentation du chômage (non renouvellement de CDD et hausse des licenciements) et le nombre croissant de défaillances d’entreprises auront un impact significatif sur l’augmentation du coût de la portabilité en santé et en prévoyance.


Des processus adaptés doivent être mis en place pour réduire notamment les fragilités déjà observées chez certains organismes dans la déclaration et le suivi des décès des salariés et ayant-droits bénéficiant de la portabilité de leurs assurances collectives


Aussi, cette crise a vu émerger de nouveaux risques.


Le confinement et la mise en place du télétravail ont impliqué plus de failles dans les systèmes d’information, augmentant le risque de cyber attaque (notamment dans le secteur de l’assurance). Cela justifie l’importance grandissante de la cyber assurance.


Le Plan de continuité d’activité (PCA) doit être suffisamment solide, cohérent, agile et correctement maitrisé par les collaborateurs. La crise nous a montré qu’il doit être évolutif et à jour pour intégrer les modifications de l’environnement. La situation de crise doit amener à faire un audit de son PCA, pour améliorer les éléments qui ont fait défaut.


La crise a également mis en avant l’importance de la rédaction des contrats. Un défaut au niveau des contrats, notamment au niveau des exclusions, peut avoir des impacts non-négligeables, comme on l’a vu sur le risque de pertes d’exploitation. Sur la perte d’exploitation, d’après l’ACPR, 4,1 % des contrats présentaient des incertitudes sur l’obligation de couverture ou non.


En prévoyance, il faut se protéger sur l’écriture des CCN, enlever les ambiguïtés entre les couvertures maintien de salaire et incapacité classique, et s’assurer d’avoir pris la bonne assiette pour les cotisations et les prestations.


Pour finir, cette période a vu le développement de l’assurance vélo grandir, en effet, la crise a modifié les habitudes de beaucoup de français et a notamment augmenté l’usage du vélo. Une augmentation du nombre de vélos assurés a été observé (+ 46 % en 2020 chez un assureur spécialisé). De plus, les prix des équipements sont en moyenne plus chers, avec une part grandissante des vélos à assistance électrique.


La pratique du vélo devrait continuer de se développer, encouragée par certaines entreprises à travers la mise en place de flottes de vélos pour les salariés ou des aides pour financer des vélos ou leurs assurances. Quelques offres d’assistance sont également en train de se développer.


La crise de la Covid-19 et la mise en place des confinements successifs ont eu des impacts significatifs sur la sinistralité des assureurs, mais également sur leur organisation. Ces impacts peuvent être variables selon la nature des risques couverts et l’activité des différents acteurs. Les assureurs ont ainsi été très sollicités pendant cette crise. Ils ont dû s’adapter, prendre des décisions et mettre en place de nouvelles méthodes de travail face à cette situation inédite. Ils ont également rencontré des risques émergents, montrant une nouvelle fois que les assureurs devront continuer à faire preuve d’adaptabilité. Il reste maintenant aux différents acteurs à capitaliser sur l’expérience de cette crise pour les années à venir.


Cette pandémie a également nourri les réflexions relatives aux modèles en place. Des articles sur ces sujets ont déjà été traités, notamment sur la modélisation des pandémies en modèles internes partiels et sur l’ajustement de l’ORSA pour modéliser de façon plus fine les conséquences de la pandémie.




Rédacteurs : Elise Callac - Aurélie TREILHOU - Guerric BRAS

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